Le Salary Cap dans le cyclisme, seulement un doux rêve ?

Ineos-Grenadier a frappé fort dans ce mercato. La formation britannique a fait signer le récent 3ème du Tour de France, Richie Porte, Laurens De Plus, Felipe Martinez (vainqueur d’une étape), et Tom Pidcock, le nouveau grand espoir du cyclisme. 4 recrues de premier plan qui viendront compléter un effectif déjà pléthorique. Mais avec un budget aussi conséquent, l’équipe de Dave Brailsford n’a pas intérêt de se priver.  C’est plutôt aux instances de faire en sorte de changer le système, pour éviter que le fossé ne se creuse plus encore. Mais est-ce possible ?

Bernal, Carapaz, Thomas, Porte, Sivakov, A. Yates, Felipe Martinez, De Plus, Sosa, Dennis, Pidcock…. Dominés par la Jumbo cette année, les Britanniques n’ont pas voulu faire dans la dentelle pour la saison prochaine. Mais tous ces coureurs auraient pu être, dans n’importe quelle autre équipe, un leader. Mais comment refuser une offre alléchante d’une formation au budget quasi sans limite. 46 millions d’euros estimés, plus de deux fois plus celui de la Jumbo-Visma, ou la Groupama-FDJ. Autant dire que personne ne peut les concurrencer. Et c’est bien dommage. Car la fuite de talent chez les Ineos peuvent nuire au cyclisme. Et pour contrer cela, le Salary Cap, serait l’une des solutions.

L’UCI y travaille

Dès sa prise de fonction en 2018, David Lappartient, avait clamé vouloir mettre en place le salary cap dans le cyclisme à moyen terme avec comme idée conductrice « de faire en sorte qu’on ait des leaders dans chaque équipe et que la course soit plus intéressante. » Dans son interview au Parisien, le président de l’UCI regrettait l’hégémonie des Sky qui a été stoppé cette année. Mais se dédouané de vouloir « embêter untel ou untel ». C’est pourtant la formation britannique qui en aurait le plus pâtie. Aujourd’hui, rien n’a avancé. Mais ce système est vraiment difficile à mettre en place.

Le modèle NBA, impossible à copier ?

L’exemple le plus parlant, la NBA a depuis des années mis en place le salary cap avec une belle efficacité. Alors pourquoi pas le cyclisme ? D’abord, il faudrait un système économique fort et surtout pas aussi volatile. Aux Etats-Unis, chaque franchise est d’une solidité financière à toute épreuve avec une ville comme base. Ce qui n’est pas le cas dans le vélo. Chaque année, des sponsors arrivent et se retirent. Si les équipes françaises restent stables (Cofidis, AG2R, FDJ), ce n’est pas le cas autour. CCC par exemple, va disparaitre en fin d’année. Des formations changent de nationalités. Et les investissements proviennent parfois d’une société ou d’une seule personne (Israel Start Up Nation, Tinkoff à l’époque…). Trop de volatilité, un énorme frein à l’instauration d’un salary cap.

Mais la plus grosse différence, c’est que les équipes sont basées dans diverses pays. La fiscalité y est totalement différente. Le salaire d’un coureur engagé par une formation suisse n’aurait pas la même valeur qu’en France notamment. Il faudrait pour cela que toutes les équipes soient enregistrés dans un seul pays. En gros, c’est bien compliqué à mettre en place, mais aussi pas forcément positif partout.

TeamPaysBudget 2020
AG2R-La MondialeFrance17 M€
AstanaKazakhstan17 M€
Bahrain-McLarenBahrain16 M€
Bora-HansgroheAllemagne18 M€
CCC TeamPologne21 M€
Deceuninck-Quick StepBelgique18 M€
NTT Pro CyclingAfrique du Sud14 M€
EF Pro CyclingEtats-Unis10 M€
Groupama-FDJFrance20 M€
Israel Start-Up NationIsrael8 M€
Jumbo-VismaPays-Bas20 M€
Lotto-SoudalBelgique14 M€
Mitchelton-ScottAustralie13 M€
MovistarEspagne17 M€
IneosGrande-Bretagne46 M€
SunwebAllemagne19 M€
Trek-SegafredoEtats-Unis12 M€
UAE Team EmiratesEmirats arabes unis30 M€
Arkéa-SamsicFrance12 M€
CofidisFrance18 M€
Total Direct-EnergieFrance10 M€
B&B Hotels-Vital ConceptBelgique9 M€
L’équilibre oui, mais par pour les coureurs

Le salary cap a tendance à équilibrer les équipes. 3-4 leaders maximum, de bons coureurs autour et des équipiers. Le tout avec un salaire qui serait donné par rapport aux résultats, de la progression, la longévité… Et avec pourquoi pas un système de draft. Mais là c’est un autre sujet.

Donc équilibre d’équipe oui, mais pour les principaux intéressés ce ne seraient pas forcément bénéfique. D’abord, il y aurait moins de gros salaires, et moins de place disponible. De nombreux coureurs pourraient être laissés sur le carreau dans les calculs. Des effectifs resserrés, des inégalités salariales, et surtout un perte d’humanité dans les créations d’équipe qui dénatureraient totalement le monde du cyclisme. Les coureurs devenant une sorte de chiffre, si ce n’est du bétail.

Et puis, voir Ineos-Grenadier prendre de plus en plus d’ampleur chaque année, pousse les autres écuries à les rattraper. Les sponsors doivent investir plus dans le vélo s’ils veulent exister. Groupama avec FDJ, Citroën avec AG2R etc… Autant d’exemple qui démontre que l’envie de vouloir grimper dans la hiérarchie et que le fossé qui les sépare d’Ineos pourrait être comblé…

Difficile donc de penser que le salary cap puisse arriver dans le vélo dans un milieu si complexe. En Europe, seul le rugby a adopté ce système pas forcément concluante pour l’instant. Cela reste un doux rêve. Mais si on en parle, c’est plutôt parce qu’on a le seum contre Ineos, n’est-ce pas ?

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