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Portrait : Evita Muzic, l’autre pépite du cyclisme français

Avec Juliette Labous, Evita Muzic (22 ans) incarne l’avenir du cyclisme tricolore. Depuis qu’elle est passée pro, en 2018, la grimpeuse de la FDJ-Nouvelle Aquitaine Futuroscope gravit les marches quatre à quatre. Sa victoire sur le Giro, l’an dernier, a confirmé son statut international. Portrait d’une future crack, qui ne cache pas ses ambitions.

À tout juste 22 ans, Évita Muzic s’affirme déjà comme une future grande. Elle rêve, notamment, de briller sur le Tour de France. (Crédit : Thomas Maheux)

C’est son phénomène, sa pépite à polir. Lorsqu’il évoque Évita Muzic (22 ans), Stephen Delcourt, manager général de la FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope, n’a pas peur d’user des superlatifs. « Elle fait partie maintenant du top 100 mondial […] et, dans les années à venir, elle sera une des meilleures grimpeuses du monde. Nous en sommes persuadés » confie-t-il à nos confrères du Progrès, mi-novembre 2020, au moment de commenter sa prolongation de contrat, jusqu’en 2023.

Un mois plus tard, au micro de VeloNews , il va encore plus loin : « Évita est le meilleur exemple du développement de la FDJ […] Avec Cecilie [Uttrup Ludwig], elle est l’avenir de l’équipe. » En cette fin de saison 2020, Stephen Delcourt ne perd pas de temps pour prolonger Évita Muzic, sachant qu’elle suscite quelques convoitises. Il faut dire que la Jurassienne a changé de statut durant l’été, passant de grimpeuse prometteuse à celui de futur grande coureure.

Le Giro, le seul Grand Tour que les femmes disputent sur plusieurs étapes, est l’épreuve idéale pour se faire un nom. Et ça, la Française l’a bien compris, en remportant cette 9e étape en costaud, à Motta Montecorvino. Offrant au passage à la FDJ sa toute première victoire en World Tour (créé en 2016). Et devenant la première tricolore à gagner de l’autre côté des Alpes depuis Pauline Ferrand-Prévot, en 2015. Comme première victoire professionnelle, on a vu pire !

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En remportant cette étape du Giro 2020, Évita Muzic est devenue la toute première française à décrocher une victoire en World Tour. C’est dire l’ampleur de son exploit.

La victoire d’Evita Muzic sur le Giro 2020 :



Évita Muzic, une Jurassienne biberonnée au cyclisme

Un succès aussi prestigieux, ça vous change une femme. De quoi bouleverser la carrière de la jeune grimpeuse, qui ne se voyait pas arriver si vite à ce niveau : « Gagner sur le Giro, c’était un objectif sur le plus long terme, explique-t-elle. Ça m’a fait franchir un cap, surtout pour la confiance en moi. J’ai réalisée que la victoire était possible, que si je l’ai fait une fois, je pourrais le refaire un jour. Par rapport aux autres coureures, j’ai aussi plus de poids désormais. »

Entre Évita Muzic et la petite reine, c’est d’abord l’histoire d’une évidence. Dès ses premiers pas, la native de Lons-le-Saunier est biberonnée au cyclisme, issue d’une famille où la discipline est une religion. Le père, qui a fait des compétitons étant jeune, gère les « Cycles Muzic » à Lons-le-Saunier depuis plusieurs années. Sa mère aussi a accroché des dossards mais, plus tard. Elle est éducatrice au Guidon Bletteranois, là ou la jeune Évita signe sa première licence.

Évita Muzic (à gauche) s’échappe lors de la Course by le Tour, en juillet 2019, avec Audrey Cordon-Ragot. « Je suis taillée pour les courses à étapes, étant donné que j’ai une bonne qualité de récupération. Je l’ai montrée ces deux dernières années sur le Giro, ma forme est meilleure en fin d’épreuve. Une force par rapport à d’autres coureures. » (ASO/Thomas Maheux)

« On m’a mis sur un vélo à 3 ans et, à 5 ans, j’ai commencé à faire des compétitions, se souvient-elle. Et comme ça m’a plu, je n’ai jamais cherché à essayer d’autre sport. J’ai toujours fait les choses vraiment à fond, en étant très compétitrice. Avec systématiquement l’envie de gagner, dès le plus jeune âge ! » Elle roule encore avec sa mère, d’ailleurs, « dès que je rentre chez mes parents. On en a toujours fait ensemble. » La voie est toute tracée. Elle veut devenir cycliste professionnelle, un statut qui n’existe pas à l’époque. Son enfance est bercée par les victoires de Pauline Ferrand-Prévot, son idole de jeunesse. « Je me suis d’autant plus identifiée à elle qu’elle fait toutes les disciplines (route, VTT, cyclo-cross). Voir qu’elle a réussi à être championne du monde partout, c’est vraiment inspirant. »

Une ascension éclaire à la FDJ

Comme PFP et Juliette Labous, elle débute par le cyclo-cross, où elle est sacrée championne de France cadettes en 2015, remportant aussi la Coupe de France cette même saison. « Une bonne école du vélo. C’est moins stratégique et plus individuel que la route, mais il y a d’autres facteurs qui entrent en compte, comme la technique. Et ça fait toujours du bien de toucher à d’autres disciplines. » Elle aimerait y revenir cet hiver, ne serait-ce qu’une partie de la saison, pour parfaire sa préparation.

Dès 2015, elle s’essaye à la route, couvée au Pôle Espoirs de Besançon. Et brille ! Son titre de championne de France chez les juniors, en 2017, à Saint-Omer, devant Jade Wiel, lui ouvre les portes de la FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope.

Elle passe donc pro à 18 ans et démontre très vite son potentiel au niveau international. Dès sa deuxième saison, elle s’offre le maillot de meilleur jeune du relevé Tour Cycliste Féminin International de l’Ardèche ; devient championne de France espoirs et enchaîne les bons résultats, se surprenant elle-même par son niveau. En juillet 2019, elle se classe 26e de son premier Giro.

« L’objectif ? Être leader d’une équipe et…. Briller sur le Tour de France ! »


« C’est vrai que j’ai vite gravi les échelons à la FDJ. Je ne pensais pas pouvoir briller tout de suite au niveau international, franchir aussi vite les caps. D’autres Françaises avant moi ont eu plus de difficultés à ce niveau de compétition. Ça met en confiance, et l’équipe a cru en moi. Ce sont des années de travail qui payent leurs fruits. Et il y a encore du chemin à faire ! ». Evita Muzic a encore pris du galon après ce Giro 2020, achevé à la 10e place du général, juste devant Marianne Vos. Elle est désormais équipière de luxe pour la Danoise Cecilie Uttrup Ludwig, l’atout N°1 de l’équipe.

Et voit déjà plus loin. « Je suis encore jeune, je ne suis pas encore véritablement une leader dans l’équipe. Mais c’est mon objectif de gagner ce rôle. Et je vais travailler très dur, tout donner pour l’atteindre. J’ai prouvé que j’avais bien progressé. J’ai encore pas mal d’années devant moi. Si ce n’est pas dans 1 ou 2 ans, ce sera dans 4 ! » La Jurassienne sait ce qui manque pour jouer le classement général : il lui faudra progresser en chrono, « mon point faible. En même temps, je ne l’ai jamais vraiment travaillé ! Et ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. »

Elle sort justement d’un stage spécifique à Barcelone, pour préparer le chrono par équipes du Giro, placé en ouverture de l’épreuve. « On a pu améliorer ma position sur le vélo. Mais ce n’est pas encore trop ça. Je sais que je devrais le travailler à fond quand je viserai le classement général. »

« Le Tour de France, j’en ferais évidemment un objectif ! C’est la plus belle course au monde »

Jouer le général. Lorsqu’elle évoque cette ambition, Évita Muzic n’a qu’un nom en tête : le Tour de France, que les femmes retrouveront (enfin) en 2022. Dire que l’épreuve la fait rêver est un doux euphémisme. « Forcément, c’est la plus belle course au monde ! La plus populaire aussi. Le grand public, la seule chose qu’il connaît, c’est le Tour de France. La question qui revient chaque fois pour nous, les femmes, c’est “Ah, vous êtes cycliste professionnelle ? Vous avez fait le Tour de France ?” C’est long à expliquer que pour l’instant, ça n’existe pas chez les filles… »

La Jurassienne ne cache pas ses ambitions : elle sera candidate à la succession de Catherine Marsal, dernière tricolore titrée, en 1990. Une éternité. « J’en ferais évidemment un objectif ! Forcément en tant que Française, ça fait encore plus rêver que pour une étrangère. Briller dans son propre pays, dans une équipe française, et à la FDJ, sponsor principal du Tour de France…. Il n’y a rien de mieux ! »



Mais tout ça, c’est encore loin. Evita Muzic a travaillé dur ces dernières semaines pour retrouver son meilleur niveau, après des Ardennaises à oublier, diminuée par une maladie. Elle va mieux, à l’image de ce Tour de Burgos, fin mai, terminée 13e et deuxième meilleure jeune. Passée la déception des JO, elle disputera la course en ligne des championnats de France, samedi à Épinal, sur un parcours qui peut lui convenir. Prête à batailler face aux Cordon-Ragot, Labous et autre Ferrand-Prévot. « Il n’y a pas vraiment de longue ascension, donc des puncheuses passeront sûrement. Mais ça se fera davantage à la jambe que les autres années, c’est plus dur. »

« Quand j’étais enfant, c’était véritablement un rêve en soi : ça n’existait pas une femme coureuse professionnelle. Donc je voulais faire comme les garçons. On espérait que ce serait possible, mais on n’était pas sûres que ça arriverait un jour. » (Crédit : Thomas Maheux)

« Si j’ai pu gagner sur le Giro une fois, je peux le refaire »

Un premier maillot tricolore chez les élites, quelle meilleure façon d’aborder le Giro (2-11 juillet) ? Bien sûr, elle devra mettre ses ambitions de côté en Italie. Évita Muzic retrouvera son rôle de gregario de luxe pour Cécilie Uttrup Ludwig, qui jouera le général (4e en 2020 et meilleure grimpeuse). Mais, sur un parcours taillé pour ses qualités, avec des longs cols et plusieurs étapes difficiles, elle ne laissera pas passer sa chance si l’occasion se présente. « Faire encore mieux qu’en 2020, je ne sais pas si ce sera possible. Une victoire, c’est déjà quelque chose d’exceptionnel. Mais je pars avec un état d’esprit conquérant : si j’ai pu faire une fois un top 10 et une victoire d’étape, je suis capable de le refaire. Et n’étant pas la leader dans l’équipe, j’ai un peu plus d’ouvertures. »

D’autant que, tel un Romain Bardet, elle se bonifie au fil des jours sur les courses à étapes. L’imaginer vêtue du maillot de meilleure jeune, le 11 juillet, est tout à fait envisageable. Avant le jaune, un an plus tard, sur la Grande Boucle ?

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