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Évita Muzic, l’éclosion d’une surdouée

Évita Muzic (FDJ Nouvelle-Aquitaine-Futuroscope) a franchi un nouveau cap avec ce titre de championne de France sur route. À 22 ans, elle grandit vite, très vite. Sa mère, Laurence, et son manager général, Stephen Delcourt, racontent son ascension.

Évita Muzic est portée en triomphe par ses compères de la FDJ après sa victoire, samedi, lors des championnats de France. (Mon Peloton)

Il s’en faut parfois de très peu pour qu’un destin bascule. À un quart de roue près, Évita Muzic faisait une « Julian Alaphilippe » : en levant les bras sur la ligne, la grimpeuse de la FDJ-Nouvelle-Aquitaine-Futuroscope a vu la tenante du titre, Audrey Cordon-Ragot (Trek-Segafredo), la remonter. Mais c’était trop tard. C’est bien la Jurassienne qui s’offrait son premier titre chez les Élites. « Je me suis dit : mais non, c’est une malédiction, il y en a plein qui font ça en ce moment ! » rigole-t-elle après la course. En fait, c’était écrit d’avance. Sur un championnat de France, elle gagne tous les deux ans : chez les juniors en 2017 ; chez les Espoirs en 2019 ; Avant la consécration chez les pros, samedi.

Audrey Cordon-Ragot remonte Évita Muzic, qui lève les bras sur la ligne. Mais, n’est pas Primoz Roglic qui veut : la Jurassienne a déjà gagné. (FFC)

« C’est une vraie tueuse »

Évita Muzic apprend vite. Très vite. Elle l’a encore prouvée à Épinal : elle n’est pas la plus rapide au sprint ? La Française joue de malice et surprend ses adversaires lors de la course en ligne, se faisant oublier pour mieux surgir, tel un vieux briscard. Le contre-la-montre est son point faible ? La voilà 7e de l’exercice chez les Élites, à 2’33 d’Audrey Cordon-Ragot, après avoir longtemps occupée la 2e place provisoire. Le stage spécifique à Barcelone, juste avant ces France, a vite porté ses fruits. Les nombreux changements apportés à sa position sur le vélo ont été payants.

La jeune pépite de 22 ans n’en finit plus d’épater son monde. Au pied du podium, le manager général de la FDJ, Stephen Delcourt, n’a pas de mots assez forts pour qualifier son triomphe. « La femme est quelqu’un d’exceptionnelle et l’athlète est au même niveau. C’est quelqu’un qui passe 80 % de la saison à travailler pour notre leader danoise, Cecilie Uttrup Ludwig, sans rechigner, n’étant jamais avare d’efforts. Et dès qu’on lui donne sa chance, elle met au fond, que ce soit sur le Giro ou sur ces France. C’est une vraie tueuse. Je l’adore ! ».

La bête noire des garçons chez les jeunes, « l’épouvantail »

En descendant de ce podium, vêtue de son maillot bleu-blanc-rouge et de ce sourire qui ne la quitte jamais, elle tombe dans les bras d’une femme : Laurence, sa mère. Tout un symbole. C’est elle qui a mis Évita sur un vélo. L’a accompagnée, façonnée à ses débuts. Elle est éducatrice au Guidon Bletteranois lorsqu’elle signe sa toute première licence, à 5 ans. « Depuis son passage en pré-licenciée, j’ai participée à tous ses entraînements, jusqu’à ce qu’elle soit minime, se souvient-elle. Tous les mercredis, c’était vélo avec elle. Que ce soit l’hiver, sur les cyclo-cross, sur les compétitions… Jusqu’au jour où la maman ne pouvait plus suivre dans les bosses ! »

Évita Muzic dédicace des maillots de championne de France après sa victoire, samedi à Épinal. (Photo Mon Peloton)

Enfant, la Jurassienne est au-dessus du lot. Un phénomène. « C’était l’épouvantail ! Jusqu’en poussins, elle courait avec les garçons. Et elle gagnait, même face à eux. On me l’a dit un jour : ”Dans les compétitions de cyclo-cross, en Rhône-Alpes, quand on voyait débarquer le clan Muzic, on se disait : ça y est, il y a déjà une place de prise sur le podium. Et parmi les coureurs, les garçons disaient la même chose ! ».

Un manque de confiance… Jusqu’au Giro

La récompense d’années de travail, qu’elle poursuivra au Pôle Espoirs de Besançon. De « s’être entraînée depuis toute petite, durement, sans griller les étapes », analyse sa maman. « C’est peut-être aussi un peu dans les gènes. Son papa a fait des compétitons étant jeune, j’en ai fait aussi, moins jeune… Les deux parents ont dû créer un bon moteur à eux deux ! ». Mère et fille roulent toujours ensemble d’ailleurs, dès que la grimpeuse rentre à la maison. « L’autre jour, elle m’a dit en rigolant : Tu vois que tu peux encore me suivre ! ».

Évita Muzic pose avec sa mère, Laurence, après son titre à Épinal. Une femme qui a beaucoup compté dans son ascension. (Crédit : Ville d’Épinal).

Évita Muzic, une jeune femme à la personnalité « très docile, timide, effacée, qui a néanmoins son petit caractère », décrit Laurence. Et qui, très longtemps, n’a pas cru en elle, en dépit des bouquets amassés chez les jeunes. « J’avais beau lui dire, “T’es costaud, tu peux gagner. Attaque !”, elle avait toujours ce doute, cette peur de craquer, de ne pas tenir la distance. Aujourd’hui, elle n’a plus de question à se poser ».

Pour la Française, il y a eu un avant et un après Giro. Sa victoire d’étape en 2020, à Motta Montecorvino, a été un déclic : « Ça m’a fait passer un cap psychologique sur les fins de course : avant, j’avais toujours tendance à croire que les autres étaient meilleures. Désormais, j’ai plus confiance en moi, je ne perds plus mon sang-froid ». Il y aura sûrement, aussi, un avant et un après France 2021.

« Évita, la meilleure chance française pour gagner le Tour de France »

Car la nouvelle championne de France sur route a encore pris du galon à la FDJ Nouvelle-Aquitaine-Futuroscope. Et confirmée à Stephen Delcourt qu’elle a déjà tout d’une leader. De nouvelles responsabilités qu’elle pourrait très vite avoir en course, du haut de ses 22 ans. « L’avenir de l’équipe, c’est elle, assure-t-il. C’est une gagneuse et c’est ce que j’aime chez elle. Dès qu’on lui dit “c’est ton tour”, elle ne se rate quasiment jamais ! Ça récompense tout le travail d’un staff depuis cet hiver. On ne les a pas lâchés, j’avais l’impression que c’était du 7 jours sur 7 ».

Évita Muzic sur le dernier Tour de Burgos, fin mai, terminé à la 13ème place du général. (Crédit : Thomas Maheux)

Le manager général voit très loin avec sa protégée : « On ne peut pas se fixer de limites avec Évita. Et maintenant qu’on peut parler de Tour de France, je me dis que la meilleure chance française pour gagner le Tour de France demain, elle s’appelle Évita Muzic ! ». Devant Juliette Labous, donc… Ça a le mérite d’être clair.

Sur le leadership dans l’équipe, c’est plus flou. La Jurassienne étrennera son maillot sur la Course by le Tour, le 26 juin, avant de s’envoler pour l’Italie. « Sur ce Giro, on sera très ambitieux avec Evita », affirme-t-il. Il marque une pause. Et ajoute : « Et avec Cecilie Uttrup Ludwig, aussi ». Comme si la hiérarchie s’inversait entre la Française et la Danoise.

À la question de savoir si elle sera l’unique leader en 2022, il rétorque : « Regardez les transferts cet été, ça devrait être agité ! ». Ludwig est sous contrat jusqu’en 2022. Doit-on comprendre qu’elle pourrait être poussée vers la sortie, pour faire de la place à Muzic ? Ou alors, que la FDJ va constituer une armada capable de les aider à gagner un Grand Tour ?

2 thoughts on “Évita Muzic, l’éclosion d’une surdouée

  1. Bonjour,
    N’est il pas dangereux de mettre trop de pression sur cette jeune talentueuse, au travers d’articles de ce genre. Non pas que votre article soit désagréable, bien au contraire, mais sa jeunesse n’est peut être pas apte à supporter les attentes que l’ont met sur elle.

    Quoiqu’il en soit c’est une formidable cycliste.

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