Mon Peloton

Le média cyclisme qui te fait changer de braquet

Frédéric Moncassin : “Sur Milan-San Remo il y a 250 kilomètres de trop”

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l’ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l’épreuve. Mais pour Mon Peloton, l’ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l'ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l'épreuve. Mais pour Mon Peloton, l'ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.
Frédéric Moncassin (à gauche avec le maillot Gan), termine troisième de Milan-San Remo 1998 derrière Erik Zabel et Emmanuel Magnien (Crédit : Sirotti)



Que représente Milan-San Remo pour Frédéric Moncassin ?
Frédéric Moncassin : Elle fait partie des Monuments du cyclisme, évidemment. Par rapport à moi, maintenant, c’est une course qui me convenait moyennement parce que le final était très dur. Je m’en servais plutôt de préparation aux Flandres et à Paris-Roubaix. Je n’étais pas un grand fan de Milan-San Remo de part sa longueur et sa monotonie. C’est une course très longue, où il ne se passe pas grand chose, tout se passe dans les 60 derniers kilomètres. Il faut savoir que j’avais besoin de faire du vélo avec passion, et il y avait peu de courses qui me branchaient vraiment. Sorti de Kuurne, Het Volk, Tour des Flandres, Paris-Roubaix… Après la saison était longue (rires). Je n’étais pas fan du Tour parce qu’il faisait chaud, je n’étais pas fan de MSR pour le final. Je vibrais vraiment en début de saison pour Kuurne et le Het Nieuwsblad. Ensuite ça le refaisait un peu si j’étais à la Panne et on enchaînait sur MSR comme entraînement spécifique pour Roubaix.


Une erreur de matériel sur Milan-San Remo 1998



Racontez-nous 1998 du coup ? Le parcours était différent ? Vous aviez de meilleures jambes ?
F.M. : J’avais loupé mon Paris-Roubaix 1996 à cause d’une chute à la Panne. Je m’étais fracturé l’os temporal. 1997 je fais deuxième des Flandres et un bon Paris-Roubaix (8ème). Donc 1998 je pars sur la même préparation. J’arrive sur Milan-San Remo en mode préparation, c’est-à-dire que je ne fais rien de la course, sans pression. J’ai dis à mon équipe, « aujourd’hui c’est les bornes ». Je suis, je suis, je suis, puis j’arrive au pied de la Cipressa, je me dis que je vais me placer quand même. Ça monte, j’arrive à m’accrocher. Je bascule et je me retrouve bien, au pied du Poggio, donc je me dis que je vais m’accrocher. Il y a un petit groupe d’une douzaine de mecs qui sort. Et là je pète, je me retrouve devant le peloton, je bascule je ne suis qu’à vingt secondes. Donc je me dis « maintenant je fais une descente de fou ». C’était mon truc les descentes, j’étais un peu barjot. Je prends vraiment des risques dans la descente, je prends appui sur un muret à un moment. Le Poggio je le descends comme une balle et j’arrive à rentrer tout seul sur le groupe, juste en bas. Je savais qu’il ne restait pas grand chose. Je remonte petit à petit. Quand je remonte le sprint commence à se préparer.


Comment s’est passé le sprint ?
F.M. : Il faut savoir qu’à cette époque, on avait des dérailleurs Shimano et des manettes Campagnolo. Je suis sur le 12, et en essayant de passer le 11, j’ai la chaîne qui craque, ça saute, mais le 11 ne descend pas. Et je fais le sprint avec ça dans la tête. Donc je fais trois mais j’ai un peu les boules parce que finalement, si tout marche bien… On peut toujours dire  « et si » mais je ne fais pas le sprint que j’aurais dû faire. C’est une déception, aujourd’hui encore. Voilà c’était une erreur de matos de l’époque, on mélangeait les trucs alors qu’il ne faut pas.

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l'ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l'épreuve. Mais pour Mon Peloton, l'ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.
Frédéric Moncassin a été battu par Erik Zabel, vainqueur en 1998 du deuxième de ses 4 Milan-San Remo (Crédit : Sirotti)


Erik Zabel était prenable ?
F.M. : Ah oui oui il était prenable. Magnien aussi, c’est un mec que je battais régulièrement. Magnien, ce n’était pas un sprinteur, donc il fait 2, je l’avais dans les jambes. Mais je n’avais rien fait de la course, sans pression. J’avais vraiment fait ce Milan-San Remo pépère, en touriste.


Milan-San Remo, une course de préparation pour Frédéric Moncassin


Est ce que c’est pas une aussi une tactique, une approche, pour cette course ?
F.M. : C’est ce que fait un leader quand il est protégé par son équipe. Le mec, il ne doit rien faire de la journée, il est protégé dans les derniers kilomètres, là où c’est chaud, il est placé, il a les cannes pour suivre, il vire devant, il sprinte et terminé. Maintenant il y a beaucoup de sprinteurs qui passent. Il y a beaucoup de mecs qui vont vite, parce qu’il y a pas mal de sprinteurs qui grimpent bien. Le Poggio, ce n’est plus une difficulté qui gêne trop les sprinteurs. Normalement, dans le Poggio, j’étais limite. J’étais dans une période où j’étais en bout de travail. Mais en 1998 ça s’était bien passé et j’y étais sans pression. Il y avait des années où j’y allais tendu, on se disait « C’est la première Classique, il faut faire un résultat », puis je me suis détendu avec les années.

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l'ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l'épreuve. Mais pour Mon Peloton, l'ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.
Frédéric Moncassin préférait les courses du Nord (ici Paris-Roubaix) à Milan-San Remo (Crédit : Sirotti)


Est ce qu’il n’y a pas un petit regret ?
F.M. : Non j’ai fais 3, j’en suis content. Évidemment ça aurait bien que je gagne mais ce n’est pas celle-là qui me donne des regrets. J’ai fais 2 aux Flandres, ça me fout les boules. C’est vraiment une déception. Paris-Roubaix, j’ai toujours eu affaire à l’équipe Mapei/Quick Step, ils étaient toujours intouchables. J’étais bien sur ces courses mais j’ai pris des raclées. J’aurais pu être champion de France à Montlhéry (1997), c’est une déception parce que j’ai manœuvré comme un con (sic). Ça ce sont des déceptions, donc 3 de Milan-San Remo c’est bien.


“Je m’arrête plus devant le Tour des Flandres ou un Paris-Roubaix”

Frédéric Moncassin, un vrai flahute on vous a dit


Est ce que cette course vous la regardez maintenant ?
F.M. : Si jamais je n’ai rien à faire ce jour-là, qu’il pleut, il est possible que je me mette devant la télé mais c’est rare. Si je tombe dessus au pied de la Cipressa, là par contre je me colle sur le fauteuil et ça me branche. Ce sont des grands moments de cyclisme. Là c’est vraiment très tendu, que ça soit physiquement et tactiquement, donc ça me plaît. Je m’arrête plus devant un Tour des Flandres ou un Paris-Roubaix, mais dès le début. Parce que sur ces courses, c’est la guerre d’entrée. Milan-San Remo, la guerre elle est dans les 60 derniers kilomètres, le reste ce n’est que du cirque. Milan-San Remo il y a 250 bornes de trop. On ferait le départ d’entrée sur la fin, 60 de bornes, ça partirait fort. Il y aurait le même vainqueur, et on s’ennuierait pas. En plus, généralement la météo est bonne, dans le final, on sait que le vent peut venir de gauche, de la mer, et qu’on est abrité à droite. Après c’est tout. Il n’y a rien de très tactique.

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l'ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l'épreuve. Mais pour Mon Peloton, l'ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.
2ème du Tour des Flandres ou encore 5ème de Paris-Roubaix, Frédéric Moncassin était un vrai flahute (Crédit : Sirotti)


Est ce qu’on peut comparer avec la Flèche Wallonne dans une moindre mesure ?
F.M. : Sur les courses en Belgique, ça tourne à droite, à gauche, on peut prendre le vent de partout, une équipe peut tenter un truc, il y a des difficultés. C’est beaucoup plus tactique en Belgique, parce que ça tournicote dans tous les sens. Milan-San Remo c’est une ligne droite. Le tempo est pas mal, il y a deux-trois attaques qui ne servent à rien. Les échappés ont 20 minutes d’avance. Si on ne va pas les chercher dans les Capo, ça sera après. Ce ne sont pas des courses qui me font vibrer parce que ce n’était pas la guerre. La guerre, sur le vélo je précise. C’est ce que j’aimais, avec des routes qui tournent à droite, à gauche, le vent, la pluie, des routes glissantes, pourries, larges, les pavés. Tout ça, c’est bon ! Il y a plein de paramètres qui entrent en ligne de compte. C’est bien Milan-San Remo, mais… Pour le cyclisme moderne, je pense qu’il faudrait la tailler.

Les Strade ? Le cyclisme moderne pour Moncassin



Les Strade Bianche, ne font pas de l’ombre à Milan-San Remo actuellement ?
F.M. : Bien sûr, les Strade c’est le cyclisme moderne ! C’est le cyclisme où il se passe plein de choses : le matériel, la tactique, bien évidemment le physique, les bosses. Il se passe toujours quelque chose. Le mec qui gagne là-bas, c’est un grand coureur. MSR aussi évidemment, mais ce que je n’aime pas, c’est qu’il n’y ait que la force qui joue. Les Strade, c’est ça, il y a beaucoup de paramètres. C’est inspiré des Flandres, de Paris-Roubaix.


Je reviens sur Milan-San Remo, cela fait 4 éditions de suite qu’un sprinteur n’a pas gagné. Est ce qu’ils sont mis de côté ?
F.M. : D’abord il y a des vrais sprinteurs qui ne passent pas. Après, Arnaud Démare c’est un gars qui passe bien les bosses en général. Mais en face il y a des grands coureurs aussi. Les sprinteurs dépendent aussi de l’équipe dans laquelle ils sont. Milan-San Remo ne change pas. Les gars qui gagnent, ce sont les mêmes. Avant il y avait déjà des non-sprinteurs qui ont gagné. En parlant des Français, on a eu Laurent Fignon, qui n’était pas un coureur de Classiques, qui a gagné deux fois. Chez les sprinteurs, Zabel c’était le mec parfait pour cette course (vainqueur à 4 reprises), comme le serait Sagan, plus encore qu’Alaphilippe. C’est une course faite pour Sagan. Il grimpe bien, il va vite au sprint et il descend très bien. Dans tous les cas, il est devant à l’arrivée. Après Alaphilippe, c’est un coureur extraordinaire, il me fait rêver.

“Heureusement qu’Alaphilippe vient faire ch… van Aert et van der Poel”

Frédéric Moncassin, dithyrambique sur le trio


Justement, je vais vous demander de vous mouiller, qui voyez-vous l’emporter cette année ?
F.M. : Van der Poel va être un gros client. Van Aert évidemment. Alaphilippe évidemment. Ce sont les clients des Classiques. Je pense qu’ils seront là. Je n’ai pas suivi d’assez près pour citer quelqu’un d’autre.


Qu’est ce qui ferait qu’ils pourraient être battus ?
F.M. : Sur une arrivée groupée, disons 20 ou 30 mecs, il y aura forcément au moins deux de ces trois-là. Donc ça va être compliqué pour les autres. Il peut y avoir une surprise mais avec les trois qu’il y a là… C’est compliqué le vélo ! Les mecs qui font du cyclo-cross ou de la route, quand ils ont van Aert ou Van der Poel en face, c’est chaud patate. Heureusement qu’il y a Alaphilippe qui vient les faire ch… sur la route. C’est superbe ! En ce moment, je trouve que le cyclisme est top. C’est une période qui m’aurait plu avec ces mecs-là. C’est un beau spectacle, j’aurais adoré être acteur de cette période. Ça fait plus de 20 ans que j’ai arrêté, de tout ce que j’ai vu, il n’y a pas eu d’époque qui m’ait donné envie de voir ce que ça aurait donné par rapport aux autres, mais celle-là, beaucoup.

En 1998, Frédéric Moncassin a failli remporter Milan-San Remo. Troisième après un sprint disputé avec un souci de dérailleur, l'ancien porteur du Maillot Jaune a pourtant des souvenirs mitigés de l'épreuve. Mais pour Mon Peloton, l'ancien sprinteur a quand même évoqué ses souvenirs sur la Primavera, et a donné son avis sur le trio Alaphilippe/van Aert/van der Poel. Entretien exclusif.
Mathieu van der Poel, Julian Alaphilippe, Wout van Aert : un trio que Frédéric Moncassin aurait bien aimé affronté (Crédit : Sirotti)


Faisons un peu de fiction, Frédéric Moncassin se retrouve sur le Tour des Flandres 2020 contre Van der Poel, van Aert et Alaphilippe. Comment aurait-il couru ?
F.M. : Le vrai Frédéric Moncassin, sans mentir, au mois d’octobre, il ne faisait plus trop de vélo. Il était fatigué des Classiques et du Tour de France. Donc je n’imagine pas (rires). A mon époque, j’avais d’autres passions, notamment le motocross, et j’aimais cette vie. Je n’étais pas 100% vélo comme le sont les mecs actuellement. Van der Poel, van Aert, je suis impressionné de ce qu’ils font. J’ai fait comme eux, une année. En 1992, j’avais 24 ans, je fais les championnats de France de CX, je suis sélectionné pour les Mondiaux où je termine 12e. J’attaque à Bessèges, je gagne une étape, j’étais devant dans les bosses, je fais 3ème du Tour du Haut Var alors que je n’étais pas grimpeur du tout. Je ne savais pas ce qu’il m’arrivait. Au Tour méditerranéen j’étais encore devant, et puis quand j’ai coulé la bielle au mois d’avril, ça m’a fait drôle. Mais ces mecs-là font le cyclo-cross, les Classiques, le Tour de France, la fin de saison. Là franchement, ce sont des grands grands coureurs. Je n’étais pas comme ça. Je suis un passionné de vélo, mais avec des limites. Ma vie était importante aussi à côté.

“J’aurais eu quelque chose à jouer”

Frédéric Moncassin aurait adoré affronter Mathieu van der Poel, Wout van Aert et Julian Alaphilippe


Comment est ce qu’on court face à ces monstres ?
F.M. : Je n’avais pas le moteur pour attaquer de loin. J’étais plutôt à suivre à l’arrache, me placer, descendre à bloc, rentrer, et après sur le sprint j’étais pas mal. Je ne bataillais pas dans la cour des grands, mais en ce moment, dans cette génération, je me demande si je n’aurais pas eu ma place. On me dit que je suis un peu naïf, mais pour moi, le cyclisme est propre, il est bien actuellement. Je me dis que j’aurais eu quelque chose à jouer là-dedans. Tactiquement j’étais pas mal, techniquement j’étais au-dessus. Techniquement j’étais comme un Sagan, sans vouloir me vanter. Des roues arrière, j’en faisais depuis longtemps, sauter sur des murs, sauter sur des bagnoles je le faisais. Sur un vélo j’étais très fort. Je descendais à bloc, tenir sur les pavés je savais le faire. Mais par contre il me manquait des chevaux et sur ces courses ça ne pardonne pas. Le Fred Moncassin de l’époque, il serait là pour batailler je l’espère, parce que c’est ce qui me plaisait. J’ai pas gagné Milan-San Remo, Paris-Roubaix ou les Flandres, mais j’ai pris du plaisir à batailler avec les gros sur ces épreuves. Ça me fait de magnifiques souvenirs. Quand j’ai gagné Kuurne, c’est la plus belle guerre que j’ai fait, c’était top. On est une vingtaine, y a un orage de fou qui s’abat sur nous, des grêlons, tout le monde baisse la tête. Je me dis « je flingue » et je roule à fond dans la trace laissée dans la neige par la moto devant. Il y avait des conditions de fou, et c’est pour ça que j’ai attaqué, et je me suis éclaté. Quand j’entends Van der Poel dire « j’ai attaqué parce que j’avais froid », je faisais pareil ! Sauf que moi je pouvais pas le dire parce qu’à chaque fois je me faisais rattraper puis larguer. Mais bon personne ne le savait.

2 thoughts on “Frédéric Moncassin : “Sur Milan-San Remo il y a 250 kilomètres de trop”

  1. Je me suis plongé complètement en lisant ce superbe interview truffé de bon souvenirs.
    Frédéric Moncassin était un acrobate sur son vélo , à aujourd’hui je vois bien Sagan qui lui ressemble dans sa façon de courrir nous faire un numéro sans se prendre au sérieux tout simplement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *