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Juliette Labous : « Les Jeux Olympiques, au-dessus de tout »

Une seule Française a décroché un titre sur route aux Jeux Olympiques : Jeannie Longo, en 1996, à Atlanta, lors de la course en ligne. Et si Juliette Labous (Team DSM) lui succédait à Tokyo, 25 ans après ? La jeune Française (22 ans) y croit. Cette médaille d’or, c’est « l’objectif de sa carrière ». Entretien.

Juliette Labous sera la seule représentante de l’Équipe de France aux Jeux Olympiques de Tokyo, cet été. (Sirotti)

Vous représenterez donc la France aux Jeux Olympiques. Comment avez-vous appris la nouvelle ?

Le sélectionneur, Paul Brousse, m’a appelé juste avant le Tour du Luxembourg (le Festival Elsy Jacobs, début mai) alors que j’allais partir à l’entraînement. Cette annonce, c’était beaucoup d’émotions. Participer aux Jeux Olympiques, c’est un rêve qui va se concrétiser !

Ça représente quoi, pour vous, les Jeux Olympiques ?

Depuis toute petite, j’ai toujours eu envie d’y aller. Ramener une médaille, ce serait le Graal. Je ne sais pas si j’en serai capable dès cette année, mais c’est le rêve de ma carrière. Je ferai tout pour performer au Japon. Sinon, ce sera sur les prochaines olympiades.

« Julie Bresset et Marianne Vos m’ont fait rêver aux Jeux Olympiques »


Jeannie Longo est la seule Française titrée sur la route. A-t-elle été un modèle pour vous ?

Un peu oui. Julie Bresset m’a inspirée, aussi. Son titre en VTT, à Londres (en 2012) m’a donné envie. J’avais 14 ans, j’étais cadette. Marianne Vos, aussi, a toujours été un modèle pour moi. Ce sont surtout ces deux filles qui m’ont fait rêver aux Jeux Olympiques.

Après vos Ardennaises très réussies, vous vous êtes dit : les JO, c’est pour moi ?

En effet, jusqu’à ces Classiques, ce n’était pas évident de savoir qui irait à Tokyo : avant la Flèche Wallonne, c’était serré avec Audrey (Cordon-Ragot), il n’y en avait pas une qui sortait vraiment du lot. Même si j’avais fait de bonnes courses, je ne voulais pas me dire que c’était fait d’avance. Je pense que La Flèche Wallonne (elle termine 6e) m’a permis de faire ma place dans la sélection. J’ai montré que j’étais capable de suivre les huit meilleures mondiales à la pédale.

« Rien n’est impossible, y compris cette médaille d’or »


Que pensez-vous des parcours ? Ils sont très exigeants et vous correspondent bien.

Je pense que la course en ligne sera assez ouverte. La bosse est très longue mais, au final, il n’y a que les 5 derniers kilomètres qui sont durs. Les Néerlandaises vont sûrement durcir la course : il faudra donc être forte, réussir à les suivre en s’économisant au maximum. Et faire l’effort au bon moment. Ce schéma de course peut vraiment me convenir.

Concernant le chrono, il faut être réaliste : physiquement, je ne pense pas que je pourrai jouer la médaille. Il faudrait que je sois vraiment dans un très grand jour et que d’autres aient un jour sans pour envisager la médaille. Mais je donnerai le maximum !

Au vu de votre forme, l’or semble atteignable sur la course en ligne. Paul Brousse y croit !

Quand on va aux Jeux Olympiques, il faut forcément avoir de l’ambition. J’ai toujours voulu viser haut et atteindre les plus gros objectifs. Je pars donc dans l’idée que rien n’est impossible. Y compris cette médaille d’or !

Si vous êtes championne olympique, votre carrière sera transformée…

Quand on a une médaille aux Jeux, on l’a dans le palmarès à vie. Ce serait vraiment quelque chose d’énorme. Je pense qu’il n’y a pas mieux que d’avoir une médaille olympique. Je me suis toujours dit que les Jeux Olympiques étaient au-dessus de tout. Il y en a dans tous les sports, ce n’est pas comme les championnats du Monde où c’est parfois un peu moins représentatif. Les JO, ça parle vraiment à tout le monde. On les a tous en tête.

« 67 filles au départ des Jeux Olympiques, pour 130 garçons, ce n’est pas du tout égalitaire »

C’est sur la Flèche Wallonne que Juliette Labous a gagné définitivement sa place pour les Jeux Olympiques. (Tim van Wichelen/Cor Vos © 2021)

Vous serez donc la seule Française présente à Tokyo, selon les quotas attribués. Dans son interview, Paul Brousse disait être « dégoûté » de n’emmener qu’une fille… Selon lui, avoir deux Françaises aurait été légitime.

Clairement, au vu de nos résultats actuels, on mérite d’avoir plus qu’une place. Mais c’est la règle. Il aurait fallu qu’on fasse davantage de petites courses pour marquer des points. Mais c’est compliqué de convaincre les équipes de nous laisser faire d’autres épreuves. Ce qui compte, c’est d’y remédier pour Paris 2024. Le plus gros problème pour moi, c’est qu’on n’est que 55 filles au départ de la course en ligne à Tokyo, pour 96 garçons (en réalité, il y aura 67 femmes et 130 hommes). On devrait avoir la parité en 2024, ce sera une grande avancée. Enfin, ce serait juste normal que ce soit le cas… C’est encore une bonne preuve qu’hommes et femmes ne sont pas du tout égalitaires.

Comment aborde-t-on la course seule face aux autres nations, qui auront plusieurs cartouches ?

C’est compliqué (rires). Il faudra sûrement se reposer sur les autres dans un premier temps, ne suivre que les coups pouvant nous amener très loin. Ou attendre que les favorites se découvrent. Ce sera deux tactiques possibles. Il faudra surtout réussir à bien mesurer ses efforts et lire la course.

Le protocole que devront suivre les athlètes à Tokyo sera très strict. Ça vous fait peur ?

Peur, oui et non. Ce protocole très strict ne me dérangera pas. Si ça peut permettre aux Jeux Olympiques d’avoir lieu, si c’est nécessaire, appliquons-le ! Tant pis si on voit peu de monde sur place.

« Jouer le général sur le Giro et la médaille aux Jeux Olympiques, c’est possible »

Enfin, si l’olympiade a lieu… La pression augmente ces derniers jours. Ça vous inquiète ?

Ça m’inquiète un peu, oui. Si on écoute tous les médias, ça fait un peu peur des fois. Donc je préfère ne pas lire tout ce qui se dit, en sachant qu’on n’a pas d’information officielle pour l’instant. Je vis au jour le jour. Mais on semble être dans la bonne direction : au vu du protocole mis en place, je ne vois pas de risque à s’y rendre. D’autant que la vaccination prend de plus en plus d’ampleur. On voyage déjà partout dans le monde, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas aller à Tokyo.

Quel sera votre programme jusqu’à Tokyo ?

La semaine prochaine, je pars à Tignes, pour un stage en altitude de trois semaines et demi, avec l’ambition d’être prête en juillet. Je participerai aux championnats de France, au retour de Tignes, mais sans pression. Ce ne sera pas un objectif. Je devrais être également au départ de la Course by le Tour. Puis arrivera le Giro. Ça va s’enchainer très vite.

Initialement, vous visiez un top 5 sur ce Giro (2-11 juillet). Est-ce conciliable avec ces Jeux ?

C’est tout à fait possible de jouer le général en Italie et la médaille à Tokyo. D’autant que le parcours me conviendra davantage que l’an dernier, entre des arrivées en cols et un chrono en bosse. Avec mon entraîneur, en début de saison, on s’était déjà dit que si j’allais aux Jeux, le Giro serait une bonne préparation. Avec, en plan B, le Giro en objectif N°1. Mais de toute façon, je pense que quasiment toutes les filles présentes à Tokyo seront au Tour d’Italie. Donc je peux jouer le général.

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