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Liège-Bastogne-Liège : quel impact du nouveau final sur la course ?

Il y a trois ans, les organisateurs ont révolutionné le final de Liège-Bastogne-Liège. La côte de Saint-Nicolas et l’arrivée en côte à Ans ont laissé la place à un final sur le plat, dans les rues de Liège. Ils espéraient une course plus ouverte. Il est temps de dresser un premier bilan.

Bob Jungels est le dernier à s’être imposé à Ans. C’était en 2018. (Sirotti)

C’était un morceau d’histoire important de Liège-Bastogne-Liège. Mais un morceau d’histoire décrié. La Côte de Saint-Nicolas et l’arrivée à Ans ont connu des vainqueurs prestigieux. La première a été introduite en 1998, la deuxième en 1992. La Côte de Saint-Nicolas a vu des Philippe Gilbert (2011) et des Davide Rebellin (2004) y construire leur victoire. Ans, elle, a sacré Alejandro Valverde – à quatre reprises – Michele Bartoli ou encore Paolo Bettini.

Liège, une course de côte, provoquant parfois l’ennui

Mais aux yeux de certains, Saint-Nicolas et Ans étaient devenus des parias dans la « Cité ardente ». Leur positionnement sur le parcours, en toute fin de tracé, cadenassait la course. Réduisant le Monument le plus ancien de la Petite Reine (première édition en 1892), à une course de côtes dans le final, provoquant même l’ennui, parfois.

Bien sûr, il y a eu des exceptions. En 2005, par exemple, Vinokourov et Voigt s’échappent à 80 km de l’arrivée. Pour une victoire du Kazakhstanais. En 2009, la bataille est lancée à près de 30 km du but, peu après La Redoute, par Philippe Gilbert. Avant qu’Andy Schleck ne place un démarrage décisif dans La Roche-aux-Faucons. Il résistera au retour des favoris, s’imposant avec plus d’une minute d’avance.

Mais lors des dernières éditions jugées à Ans, une seule a vu la course se décanter de loin : la dernière, en 2018, lorsque Bob Jungels s’envola après le sommet de la Roche-aux-Faucons, bien aidé par le travail de Philippe Gilbert, qui avait opéré la sélection. De 2015 à 2017, les favoris ont préféré attendre les derniers kilomètres. Voire même la flamme rouge.

« Un sprint à 30 coureurs n’est pas un problème… S’il y a eu beaucoup de bagarre avant »

Alors, en 2019, les organisateurs ont dit stop. Opérant au passage un sérieux bond dans le passé. Exit la côte de Saint-Nicolas et le final en côte à Ans. À la place, une arrivée sur le plat, à Liège même. Là où s’achevait « La Doyenne », déjà, entre 1973 et 1991. Et les propos de Thierry Gouvenou, directeur de course, pour justifier ce changement de parcours, en disent long sur la frustration des organisateurs.

« Un sprint à 30 coureurs n’est pas un problème… S’il y a eu beaucoup de bagarre avant », déclarait-il à l’AFP. « On n’est pas anti-sprint, on est contre les courses contrôlées. On attend des échappées, des attaques [….] La peur du dernier faux plat, quasiment une côte, bloquait les initiatives. On espère qu’en revenant à la tradition avec une arrivée sur le plat, on va débloquer les tactiques de course ».

Ça a le mérite d’être clair. Mais la révolution a-t-elle eu l’effet escompté ? Pas vraiment. À un degré moindre que La Flèche Wallonne, « qui se joue en trois minutes » dixit Rudy Molard (Grouapama-FDJ), Liège-Bastogne-Liège est toujours une course de côte. Et si les plus costauds attaquent de plus loin, c’est simplement parce que le parcours les y oblige. En 2019 et 2020, ce n’est qu’à 15 km de l’arrivée, dans la Roche-aux-Faucons, que les favoris ont lancé la bataille. Fuglsang en 2019, Julian Alaphilipe en 2020. Une constante : même avec un final moins pentu, les protagonistes restent les mêmes. Des coureurs complets, des grimpeurs et des puncheurs. Difficile d’imaginer un pur sprinteur comme Caleb Ewan (Lotto-Soudal) s’y imposer.

Un nouveau final qui ne fait pas l’unanimité

Les coureurs, eux, sont partagés. Il y a ceux qui sont emballés, comme Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step). « À Liège, désormais, la course est ouverte, lancée loin du final, remarquait le champion du Monde en conférence de presse, vendredi. Des coureurs peuvent anticiper loin du final, avec La Roche-aux-Faucons comme nouveau juge de paix. Ce nouveau tracé me plaît beaucoup ».


J. Alaphilippe sur LBL : « J’aimais bien l’ancien parcours »

Ceux qui sont mitigés, comme Warren Barguil (Arkea-Samsic), 9e en 2020. « Ça reste difficile d’anticiper avant La Roche-aux-Faucons. Tout se joue après », expliquait-il dans l’interview qu’il nous a accordée, en début de semaine. Sur France Bleu, ce samedi, il estimait que l’ancien final « était plus un vrai Liège avec Saint-Nicolas et l’arrivée en haut d’Ans, qui était forcément plus limpide ».

Et puis, il y a ceux qui sont carrément contre. Avec, en chef de file, Romain Bardet (Team DSM) : « Liège-Bastogne-Liège n’est plus vraiment une priorité pour moi maintenant, vu le parcours. Je suis conscient que ça va être de plus en plus difficile avec cette arrivée plate », nous confiait-il la semaine dernière.

Rudy Molard (Grouapama-FDJ), lui aussi, regrette ce choix des organisateurs. « Je préférais le final mythique avec la côte de Saint-Nicolas et l’arrivée à Ans. Petit, je regardais les vidéos de ce final, le duel Vandenbroucke-Bartoli dans la Redoute et Saint-Nicolas, les attaques grand plateau… C’est ce qui m’a marqué étant jeune, et c’est le parcours qui me faisait rêver. Il a aujourd’hui évolué mais il faut vivre avec son temps », expliquait-il samedi dernier dans un entretien, sur le site de sa formation.

qu'ont fait les vainqueurs de Liège-Bastogne-Liège sur la Flèche Wallonne
En 2020, Primoz Roglic (Jumbo-Visma) avait dompté La Doyenne. La course s’était décantée dans La Roche-aux-Faucons…. Dernière ascension du parcours. (Sirotti)

Le nouveau final ne fera peut-être jamais l’unanimité, entre les enthousiasmes et les nostalgiques. Gageons qu’il ait, au moins, un réel impact sur le scénario de la course dans les années à venir, avec des favoris se découvrant loin de l’arrivée. Peut-être dès dimanche, lors de la 107e édition ?

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