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Top 5 – Ils se sont remis d’une grave chute (1/2)

Huit mois après sa très grave chute sur le Tour de Pologne, Fabio Jakobsen (Deceuninck-Quick Step) a fait son retour à la compétition. Le sprinteur néerlandais a pris le départ du Tour de Turquie ce dimanche. Retrouvera-t-il son meilleur niveau ? L’Histoire peut lui permettre d’y croire : certains coureurs ont continué de performer après leur grave accident. Notre Top 5.

Laurent Jalabert est le dernier vainqueur français de Paris-Nice en 1997
Laurent Jalabert sur le Tour de France 1995. Sa chute à Armentières, un an plus tôt, a “transformé” sa carrière. (Sirotti)

5. Kévin Réza (Vuelta 2016)

Kévin Réza et Arnaud Démare conjuguent leur bonheur à l’arrivée de Milan-San Remo 2016. Un Monument remporté par le Picard. (Sirotti)

Ce 29 août 2016, le Tour d’Espagne sombre dans la peur, l’espace de quelques minutes. Nous sommes à la 10ème étape. Alors que le peloton roule à plus de 60 km/h, Kévin Réza est happé dans une chute collective. Le choc est très violent. Le casque broyé, il perd connaissance. Son corps inanimé sur le sol en inquiète plus d’un, à l’image de Pierre Rolland, qui tweete, le soir même :

Le coureur de la Groupama-FDJ poste cette photo dans la soirée, quelques heures après son arrivée à l’hôpital. 

Victime d’une fracture à la base du crâne et d’une fracture d’une vertèbre cervicale, il reconnaît être “un miraculé.  Tous les spécialistes me rappellent que j’ai eu de la chance, avoue-t-il dans un entretien à Ouest-France, en mars 2017. Quelque part, j’ai la chance, aussi, d’avoir perdu la mémoire. J’ai voulu qu’on me raconte, mais je ne veux pas connaître les détails. Ça m’a permis de remonter sur un vélo sans appréhension.

Si elle n’a pas mis fin à sa carrière, cette chute sera un tournant. Et aura probablement eu raison de ses ambitions personnelles. Bon sprinteur, il avait obtenu quelques résultats, se classant notamment 3ème du championnat de France 2014, battu au sprint par Arnaud Démare et Nacer Bouhanni. Depuis 2018, le natif de Versailles est devenu équipier, intégrant le train de Bryan Coquard chez BB Hôtels P/B KTM. Il était même son poisson-pilote lors du dernier Tour de France.

Une Grande Boucle où Kévin Réza est devenu un des symboles de la lutte contre le racisme dans sa discipline, avec cette interview donnée à cyclingnews. Il a notamment affirmé que le cyclisme a “beaucoup à apprendre et qu’il est vraiment loin derrière les autres sportsen ce qui concerne le racisme et la diversité.


4. William Bonnet (Tour de France 2015)

La carrière de William Bonnet aurait pu s’arrêter sur ce Tour de France 2015. Six ans plus tard, cet équipier modèle est le doyen des coureurs français (Sirotti).

Un an avant Kévin Reza, un coureur de la Groupama-FDJ est déjà gravement touché sur un Grand Tour. Une cervicale brisée et déplacée, une autre fissurée, deux dorsales fissurées et une artère touchée. Assorti d’un sévère traumatisme cranien : William Bonnet paye au prix fort sa chute lors de la 3e étape du Tour de France 2015, entre Anvers et Huy. “J’ai voulu me relever et je sentais que ma tête ne tenait plus“, confiera-t-il à l’Équipe.  

Comment se remettre d’un tel accident ? “À force de travail, explique simplement le coureur de la Groupama-FDJ, dans une interview accordée au Parisien, en juillet 2016. ça ne m’obsède pas, ça ne me hante pas.” Ce gregario loyal, équipier modèle, veut rester dans l’ombre. Mais surtout, il veut continuer de servir ses leaders. Un dévouement qui lui a peut-être donné un supplément d’âme pour se remettre sur pied.

En février 2016, il fait son retour à la compétition, à l’occasion du Tour de l’Algarve. Un mois plus tard, il contribue largement à la victoire d’Arnaud Démare sur Milan-San Remo, en l’aidant à remonter sur son vélo après une… chute. Un joli clin d’oeil du destin. En fin de saison, il est le premier français de la course en ligne des championnats du Monde de Doha, au Qatar, se classant huitième.

Six ans après sa terrible chute, William Bonnet est toujours dans le peloton. À bientôt 39 ans, il est même le doyen des coureurs français. Devenu proche de Thibaut Pinot, il continue d’enchainer les Grands Tours, sans faire de bruit. Et Marc Madiot, le manager général de Groupama-FDJ, lui maintient sa confiance : “Chaque fois qu’il a connu des difficultés, comme bien sûr sa chute en 2015, il a su revenir à un bon niveau sans jamais se plaindre“, notait l’ancien vainqueur de Paris-Roubaix dans une interview récente au Courrier Picard. Il fait partie des meubles chez nous, même s’il se rapproche de la fin. »


3. Luis Ocaña (Tour de France 1971)

1969, Gp Castrocaro Terme, Fagor, Ocana Luis


Ce Tour de France 1971 est à l’image de la carrière de Luis Ocaña : celle d’un coureur très talentueux, mais malchanceux. Vainqueur de la Vuelta l’année précédente, l’Espagnol est présenté comme le grand adversaire d’Eddy Merckx. Le seul capable de faire vaciller “le Cannibale”. Il réalise d’ailleurs un exploit majuscule : lors de la 11ème étape, Grenoble – Orcières-Merlette, il repousse Van Impe à près de six minutes, Merckx à près de neuf minutes. “Aujourd’hui Ocaña nous a maté comme El Cordobès dans l’arène mate ses taureaux“, lâche ce dernier à l’arrivée. On pense qu’Ocaña a course gagnée. Merckx doit s’incliner. Du jamais vu depuis 1969.

Jusqu’à ce coup du sort terrible. Lors de la 14ème étape, une violente averse de grêle s’abat sur les coureurs. Dans le col de Menté, Ocaña manque un virage et chute en compagnie de Merckx. Si ce dernier parvient à repartir, Ocaña, lui, est percuté violemment par Zoetemelk. Sonné, groggy comme un boxeur, il abandonne ce Tour qui lui tendait les bras. Le lendemain, Merckx refusera de remporter le maillot jaune.

Et Ocaña rebondira, en 1973, en prenant sa revanche dans le Tour de France. En l’absence de Merckx, vainqueur du Giro et de la Vuelta cette année-là, il écrase la Grande Boucle, remportant six étapes. Avec une domination insolente en montagne. À Paris, son dauphin, Bernard Thévenet, est repoussé à près de 16 minutes. Du cousu Merckx.


2. Annemiek van Vleuten (JO 2016)

Annemiek van Vleuten savoure sa médaille de championne du monde du chrono, fin 2017. 13 mois plus tôt, elle avait frôlé le pire lors des Jeux Olympiques de Rio. (Sirotti)

Ce 7 août 2016, Annemiek van Vleuten est en passe de réaliser un de ses rêves : devenir championne olympique. La Néerlandaise de 33 ans mène la course avec Mara Abbott. Voulant distancer l’Américaine, elle prend des risques dans la descente de la Vista Chinesa. Dans l’un des derniers virages, elle part à la faute et fait un soleil, avant d’atterrir lourdement sur une bordure en béton. Une chute spectaculaire qui laisse craindre le pire. Un temps inanimée, elle souffrira d’une grave commotion cérébrale et de trois vertèbres fracturées.

Mais elle revient très vite à la compétition. Un mois seulement après sa chute, elle remporte le Tour de Pologne, devant Elisa Longo Borghini. Mais surtout, dès l’année suivante, elle devient championne du Monde du contre-la-montre, à Bergen (Norvège), devant sa compatriote, Anna van der Breggen. “Dans le sport de haut niveau, il y a des hauts et des bas. Mais les bas rendent les hauts encore plus beaux”, sourira-t-elle à l’arrivée.

Un titre mondial qu’elle conservera en 2018, avant d’y ajouter la course sur route en 2019. Elle gagnera également deux Giro (2018 et 2019).


1. Laurent Jalabert (Tour de France 1994)

Laurent Jalabert sur le podium du Tour de France 2002. Il porte le maillot de meilleur grimpeur, le dernier succès de son immense carrière. Qui aurait pu se briser en 1995. (Sirotti)

L’image est terrible, effroyable. Armentières, voilà un nom qui résonne bien aux oreilles des observateurs de cyclisme. Ce jour-là, le Tour de France 1994 manque de virer au drame, dès sa première étape. En plein sprint, lancé à plus de 70 km/h, le belge Wilfried Nelissen percute un policier imprudent, occupé à prendre des photos. Laurent Jalabert ne peut l’éviter. Il avale son sang, à la mâchoire brisée. De l’aveu de son père, Jalabert aurait pu “y laisser la vie“. Cette chute aurait pu stopper sa carrière prometteuse. C’est tout l’inverse qui se produira.

Il y a un avant, et un après Armentières dans la carrière de Jalabert, qui écrit ses plus belles pages après cette chute. Il se métamorphose en grimpeur et rouleur, devenant un coureur complet. Et se construit l’un des plus beaux palmarès du sport français. Une Vuelta (1995) ; des Classiques prestigieuses, dont deux Monuments (Milan-San Remo 1995, Tour de Lombardie 1997) ; sept classements par points sur les Grands Tours, trois de la montagne ; quatre saisons achevées en tant que numéro 1 mondial (1995, 1996, 1997 et 1999) ; un titre de champion du Monde du chrono (1997)… Il l’avouera au moment de sa retraite, “cette chute m’a transformé“. Sans Armentières, sa carrière aurait-elle été aussi prestigieuse ? On ne le saura jamais.

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