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Tour de France 2021 : le baromètre des équipes après les Alpes

Le gâteau de la première semaine n’a pas été partagé en parts égales. Les gourmandes Deceuninck, Alpecin ou autres Bahrain-Victorious se sont arrogé tout ce que Tadej Pogacar n’a pas encore englouti, ne laissant aux autres formations que des miettes. Après neuf étapes, passage en revue des performances collectives de chaque équipe de ce Tour 2021.

Deceuninck et Alpecin se sont livrées à une lutte acharnée et terminent cette première semaine avec 3 victoires chacune. (A.S.O. Charly Lopez)
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Deceuninck – Quick Step

Le retour en grâce de Mark Cavendish suffit à lui seul à faire de la Grande Boucle de Deceuninck une réussite. Tout autant d’ailleurs que la victoire inaugurale d’un Julian Alaphilippe fidèle au rendez-vous en début de Tour. Débarrassé des prétentions de classement général, le Champion du Monde et sa meute sont désormais complètement tournés vers les victoires d’étapes. Après avoir déjà raflé un tiers des bouquets, le train bleu retrouvera un terrain favorable dès ce mardi pour mettre en orbite le Cav. Le Britannique, chahuté dans les Alpes, a l’occasion de réaffirmer sa domination dans la course au maillot vert.

Alpecin – Fenix

Et dire qu’Alpecin-Fenix n’avait jamais couru un Grand Tour il y a encore quelques semaines. Après un Giro couronné de succès, le premier Tour de France de la formation belge est au-delà de toute espérance. Grâce à un Mathieu van der Poel qui réinvente le cyclisme à sa manière et à un duo de sprinteurs régulier au meilleur niveau, Alpecin a largement réussi sa traversée d’ouest en est de l’Hexagone. La suite s’annonce beaucoup plus compliquée maintenant que ses deux vainqueurs sont rentrés à la maison. Reste à Alpecin-Fenix la carte Jasper Philipsen, bien que son train ait perdu deux locomotives essentielles.

Bahrain Victorious

C’est une véritable machine à vainqueurs que cette Bahrain version 2021. L’équipe affiche à son compteur 18 succès dont 7 ont été conquis en World Tour et en montagne. Comme elle avait su le faire lors du Giro, la Bahrain-Victorious s’est vite remise en marche après la perte de son leader, en n’hésitant pas à entreprendre de grandes manœuvres. Matej Mohoric et Dylan Teuns ont levé les bras, tandis que l’intenable Wout Poels s’est engagé dans la bagarre pour le maillot à pois. Dimanche, Sonny Colbrelli s’est même relancé dans celle pour le maillot vert à Tignes. L’équipe a trouvé la recette du succès et ne devrait pas cesser d’être offensive en deuxième semaine.

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UAE Team Emirates

Tadej Pogacar s’est montré largement à la hauteur des attentes qui étaient placées en lui, et même au-delà. Son équipe, elle, affiche moins de certitudes. En difficulté lorsqu’il s’est agi de contrôler l’étape du Creusot, UAE s’est bien rattrapée le lendemain en décimant le peloton des favoris pour permettre à son leader de traiter d’homme à homme avec ses rivaux. Au vu de la fraîcheur du garçon, elle ne devrait pas être mise en grande difficulté d’ici aux Pyrénées. Attention toutefois à ne pas laisser d’autres écuries entrevoir une brèche dans la garde rapprochée du maillot jaune.

BORA – hansgrohe

L’équipe allemande est bien discrète mais respecte les temps de passage qu’elle s’est fixés. Le jeune Ide Schelling a d’abord attiré à lui les lumières dans sa quête de pois bretons, laissant Wilco Kelderman faire son petit bonhomme de chemin loin des projecteurs. Les premiers reliefs ont permis à ce dernier, à la manière d’un Steven Kruijswijk, d’avancer sans bruit. Bora est l’une des seules équipes à ne pas avoir attaqué dans les Alpes mais cela n’empêche pas le Néerlandais de pointer à quarante secondes du podium. Peter Sagan, tombé à Pontivy, est plus en délicatesse.

Jumbo-Visma

Clairement, les Néerlandais espéraient mieux de leur équipe. Le premier tiers de ce Tour offrait à Primoz Roglic et Wout Van Aert des opportunités sur mesure ou presque. Mais c’était sans compter sur les chutes des deux hommes et d’une bonne partie du collectif jaune et noir. Fort heureusement, le costume de leader ne semble pas si grand pour Jonas Vingegaard qui s’efforce de démontrer qu’il est même taillé sur mesure pour lui. Quatrième du général, il se bat à armes égales avec les Uran, Mas ou autres Kelderman. À 24 ans, le Danois est le plus jeune coureur du Top 30 si l’on excepte l’extraterrestre Pogacar. Jumbo n’accorde pourtant toujours pas une confiance aveugle à son jeune prodige. Preuve en est la carte blanche laissée à Sepp Kuss durant le weekend alpin.

Arkéa – Samsic

La mayonnaise Arkéa serait-elle enfin en train de prendre ? On a en tout cas rarement vu les hommes d’Emmanuel Hubert être acteurs du Tour de cette manière. Nacer Bouhanni, qui n’avait jamais terminé dans les 3 premiers d’une étape, vient d’enchaîner trois podiums en autant d’étapes en ligne. Frustré autant que rassuré, le Vosgien voudra corriger cette imperfection au plus vite. De son côté, Nairo Quintana a cédé trop de terrain aux favoris pour avoir quelque velléité au classement. Il s’est néanmoins réorienté vers d’autres objectifs et portera mardi le maillot à pois. Il y a de bonnes chances qu’on l’aperçoive à l’avant mercredi pour le défendre. Ça tombe bien, ses derniers passages au Ventoux se sont plutôt bien passés.

EF Education – Nippo

Rigoberto Uran et son affection pour la Grande Boucle ne sont plus à démontrer. Toujours en forme sur cette épreuve, il est troisième du général après une semaine de course. À 34 ans, le Colombien rivalise d’expérience et de régularité pour ne pas perdre de temps sur ses concurrents directs. À ce petit jeu, il semble promis à un nouveau Top 5 à Paris, sinon mieux. Son jeune compatriote Sergio Higuita est longtemps resté dans les mêmes temps avant de craquer. Il a néanmoins montré qu’on pourrait compter sur lui pour animer les étapes montagneuses des Pyrénées.

INEOS Grenadiers

L’armada britannique s’est dissoute dans le crachin breton. Richie Porte d’abord, Geraint Thomas ensuite, ont abandonné le leadership auquel ils aspiraient chez Ineos. Un mal pour un bien puisque cela permet à tout le collectif d’éclaircir sa stratégie : celle-ci est désormais totalement dessinée au service de Richard Carapaz. Le jeune Équatorien n’est pourtant pas au niveau pour apporter à Dave Brailsford son 8e Tour de France. Pour autant, il est le seul à essayer de surprendre Tadej Pogacar. Lors des trois dernières étapes, il a attaqué à chaque fois avant d’être ramené dans le rang. Attention à ne pas en faire trop pour des gains minimes. Le Tour est encore long et Carapaz ferait peut-être mieux de s’inspirer de la tortue que du lièvre s’il veut s’assurer un podium.

AG2R Citroën Team

Le Tour a mal débuté pour la formation française. Impactée par les chutes bretonnes, AG2R n’avait rien obtenu de bon sur les six premières étapes. Puis, le vent a tourné. Dorian Godon 10e au Creusot, Aurélien Paret-Peintre 7e au Grand-Bornand… Et finalement, Ben O’Connor a fait oublier à tous les péripéties des jours précédents. Auteur d’un incroyable numéro, l’Australien a remporté l’étape avec l’avance la plus importante depuis l’étape de St-Flour remportée par Richard Virenque en 2004. Désormais dauphin de Pogacar, le grimpeur de 25 ans dispose d’un confortable matelas de trois minutes sur son premier poursuivant. De quoi mobiliser toute l’équipe dans une lutte pour le général ? Pas sûr.

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Team BikeExchange

Le bilan des Australiens n’est pas flamboyant, mais il n’est pas ridicule. Venue avec un double objectif, elle peut oublier celui du général avec Lucas Hamilton. En revanche, elle semble mieux taillée pour disputer les victoires d’étapes avec ses offensifs guerriers Esteban Chaves et Simon Yates. Un peu juste jusqu’ici, ils ont l’expérience pour récupérer et frapper fort plus tard dans l’épreuve. Michael Matthews, comme les deux autres vétérans de BikeExchange, ne semble pas assez incisif pour mettre la balle au fond. Mais par sa régularité, il est le plus sérieux concurrent de Mark Cavendish pour ramener le vert à Paris.

Astana – Premier Tech

Astana sait-elle seulement après quoi elle court ? Après avoir exclu toute ambition de classement général, voilà qu’elle se bat pour un Top 10. Qui plus est, avec Alexey Lutsenko, un coureur qui n’a jamais brillé par sa régularité sur trois semaines. Indiscutablement en grande forme, le Kazakhstanais est pourtant tout aussi discret que Jakob Fuglsang et Alex Aranburu, qui étaient attendus à un bien meilleur niveau. C’est peut-être Ion Izagirre, second au Grand-Bornand, qui a affiché le plus de garanties dans cette équipe.

Groupama – FDJ

C’est une désillusion pour Arnaud Démare. Venu entouré du train qui l’a propulsé vers son quadruplé italien l’an dernier, le sprinteur picard a dépassé les délais dimanche et doit rentrer chez lui, comme son ami Jacopo Guarnieri. Ajoutée à cela la minute concédée par David Gaudu à ses concurrents directs dimanche, et c’est sur une touche bien terne que se clôt la première semaine de Groupama-FDJ. Réduite à cinq éléments, elle va désormais épauler le grimpeur de poche à construire son premier Top 10 sur le Tour.

Cofidis, Solutions Crédit

Les hommes en rouge se sont beaucoup montrés à l’avant, mais cela ne leur a pas franchement réussi jusqu’ici. Christophe Laporte, friant d’arrivées pentues et offensif quand il le faut, pouvait croire en ses chances sur trois à six étapes de ce premier volet. Pourtant, le Toulousain n’a pas été à la fête. Avec seulement une timide septième place, il est loin de ce qu’il pouvait imaginer il y a encore quelques jours. Guillaume Martin, lui, a plutôt bien réussi sa traversée des Alpes. Huitième puis quatrième, il se retrouve malgré lui en position de jouer le Top 10 du général dont il ne voulait pas.

Trek – Segafredo

Souvent aperçue aux avant-postes, Trek a du mal à passer le cap qui fait d’une escapade une échappée victorieuse, comme souvent cette saison. Jasper Stuyven illustre parfaitement cette première semaine contrastée avec sa deuxième place au Creusot, en bon classicman qu’il est. Pedersen pas au niveau, c’est vers les grimpeurs qu’il faudra se tourner si l’on veut voir gagner l’équipe américaine. Vincenzo Nibali, Bauke Mollema ou pourquoi pas Kenny Elissonde, auront toutefois fort à faire pour inverser la tendance dans laquelle ils s’inscrivent pour le moment.

B&B Hôtels p/b KTM

L’étape de Tignes est la démonstration de l’ambivalence qui résume la première semaine de B&B. Franck Bonnamour coupant la ligne avec Pogacar, pour la deuxième fois dans le Top 10 en trois jours et remontant à la 17e place du général, contraste avec un Bryan Coquard arrivé hors-délai et forcé de quitter la Grande Boucle. Sur ce Tour, les hommes de Jérôme Pineau n’ont jamais pu compter sur leur leader habituel. Alors il leur faut attaquer comme ils l’ont fait l’an passé. Pour le moment, seul le coureur de Lannion y parvient avec succès. On attend mieux de Quentin Pacher et Pierre Rolland, notamment.

Movistar Team

Movistar discrète, c’est au moins le signe qu’elle n’a pas fait de boulette. Du moins, si l’on ferme les yeux sur les relais gracieusement offerts par Alejandro Valverde à Pogacar à Pontivy, alors même qu’Enric Mas était passé à travers les chutes. Mais passons. Le grimpeur espagnol est toujours en lice pour un podium à Paris, et c’est déjà une très bonne chose pour l’équipe ibérique qui avait débuté en perdant Marc Soler. Reste que jusqu’ici, les héros de Netflix n’ont obtenu qu’un pauvre Top 10 très poussif. Il va en falloir plus pour réussir ce Tour.

🥶

Team TotalEnergies

Pierre Latour a si bien débuté son Tour qu’on aurait pu croire à son retour au meilleur niveau pour jouer le général. Mais le grimpeur français a subi l’étape dantesque de samedi et peut désormais retrouver son rôle d’attaquant. Jean-René Bernaudeau l’avait dit dans Ca déraille : l’équipe vendéenne souhaite choisir ses étapes et y frapper fort. Pour le moment, ses coureurs ont souvent essayé mais jamais réussi. Surtout, ils semblent loin de rivaliser avec les meilleurs grimpeurs dans les échappées, ce qui est problématique quand on veut renouer avec la victoire.

Team DSM

Le Soren Kragh Andersen de 2021 n’est pas le Soren Kragh Andersen de 2020. Systématiquement battu bien que très actif, le Danois a transféré à Cees Bol tout le leadership de DSM. Très bien emmené à chaque emballage massif, le sprinteur néerlandais n’a pourtant pas fait mieux qu’une sixième place jusqu’ici. La Grande Boucle est difficile pour l’équipe la plus jeune de ce Tour, qui n’a pas beaucoup d’armes à mobiliser en-dehors des arrivées groupées.

Israël Start-Up Nation

Greipel dixième à Fougères : c’est bien là le meilleur résultat obtenu par Israel lors des sept premières étapes. Un maigre bilan pour une équipe qui compte dans ses rangs trois coureurs qui totalisent à eux seuls 20 succès sur le Tour. Mais André Greipel, Chris Froome et dans une moindre mesure Dan Martin ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Absents des débats, ils sont plus spectateurs qu’acteurs de la course. Dans cet environnement morose, Michael Woods peut regretter d’avoir concédé huit minutes le premier jour. Depuis, le Canadien a toujours été relativement bien placé. Il a même été chercher un podium inespéré au Grand-Bornand samedi, seule lueur d’espoir dans ce sombre tableau.


😴

Team Qhubeka NextHash

Simon Clarke, Victor Campenaerts ou Sergio Henao ont bien été aperçus à l’avant cette semaine. Mais le butin de Qhubeka est triste à constater. En moyenne, le mieux classé des huit coureurs est arrivé à la 28e place sur les neuf premières étapes. Si Max Walscheid tient une forme qui lui permet d’être régulier aux portes du Top 10 lorsque le profil s’y prête, on voit mal qui pourrait aller chercher le succès qui sauvera l’été de l’écurie sud-africaine.

Intermarché – Wanty – Gobert Matériaux

Comme Qhubeka, Intermarché semble être absente de la course. Très rarement actrice, l’équipe belge s’accroche à l’envie des frères Van Poppel pour exister lors des étapes qui leur sont accessibles, et au courage du seul Louis Meintjes lorsque la route s’élève. 19e du général par défaut, il se pourrait bien que le Top 15 du coureur de 29 ans devienne l’objectif d’une équipe qui ne saurait exister autrement.

🤕

Lotto Soudal

La Lotto était venue avec un leader unique en la personne de Caleb Ewan. Tombé lors d’un sprint avec Peter Sagan, l’Australien a laissé derrière lui une équipe valeureuse. Brent van Moer a plusieurs fois tenté et même failli tromper la vigilance des trains à Fougères. Sweeny, Gilbert ou encore Tosh van der Sande ont également attaqué, puisque c’est désormais tout ce qu’il leur reste comme option. Mais c’est bien le vainqueur de l’étape d’Issoire sur le dernier Dauphiné qui fait la meilleure impression, en attendant que Thomas De Gendt se lève avec l’envie d’aller gagner pour la troisième fois de sa carrière sur le Tour.

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